Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
archeo-tintignac Le blog de Christophe Maniquet

Dix ans !

C.M.

Dix ans ! Cela fait dix ans que "les nouveaux" sont arrivés sur mon sol, sol que les hommes ont foulé pour la première fois, il y a bien longtemps, il ya plus de 2000 ans. Je suis un lieu sacré dans lequel ils venaient vénérer les dieux, déposer des offrandes, sacrifier des animaux pour s'en repaître et boire, tout ça en échange d'un peu d'aide et de protection. Mis en place par ceux que l'on nomme Gaulois, j'ai peu à peu évolué et vu ma splendeur se développer pendant près de cinq siècles.

Le simple espace cerné par une palissade de bois qu'ils ont établi au départ, ils l'ont transformé en un grand édifice maçonné. Là, deux divinités principales qui ont voulu garder l'anonymat, étaient honorées. Par la suite, les hommes ont ajouté d'autres constructions, et même, en dernier, un vaste théâtre permettant des représentations, là encore en l'honneur des divinités. J'en ai vu des spectacles, j'en ai vu des gens rire, crier, prier, boire ou manger. Et la musique, toute cette musique, résonne encore à mes oreilles : je me souviens, en particulier, c'était au début je crois, de ces grandes trompes qui m'impressionnaient tant et me faisaient vibrer.

Mais un jour tout ça s'est arrêté. Mes bâtiments ont été incendiés et définitivement abandonnés. Certains pensent que cette destruction est liée aux invasions barbares ou à la christianisation. J'étais sous le choc, je ne me souviens plus. Je me rappelle seulement de mes toitures et de mes murs qui s'effondrent…L'auteur de ce crime reste pour le moment introuvable.

Quoi qu'il en soit, je résiste et lutte contre le temps qui passe pour ne pas être oublié des hommes. Mes murs émergent du sol tant bien que mal, comme la main d'un malheureux enfoui sous les décombres ou dans les sables mouvants. C'est au départ tout mon bras qui dépasse, puis, au fil du temps, plus rien que ma main. Les hommes qui passent les voient ces mains qui appellent au secours mais ils restent impuissants, ne sachant que faire… Certains parlent de moi dans leurs écrits. Des bras, des membres, des têtes, des monnaies sont découverts régulièrement sur mon sol, témoignant de la richesse enfouie. Je tente de les attirer comme je peux, mais rien n'y fait.

Pourtant, petit à petit les mentalités changent : l'homme commence enfin à se préoccuper de son passé, à s'intéresser à ses ancêtres, à ce qui l'a précédé. La contagion arrive jusqu'ici, et on décide enfin de redégager mes vestiges. On découvre mes mains, mes bras, les corps de quatre de mes édifices. Ils ont souffert, certes, mais ils sont bien là, gardant encore sur eux les traces de leur parure et la marque de leur gloire d'antan. Oh, bien sûr, au départ, les hommes ne me reconnaissent pas, ils ne comprennent pas tout, mais ils dressent des plans, ils ramassent des objets et ils réfléchissent… Je serais, disent-ils, une grande ville romaine ensevelie. Ce n'est pas vrai, mais ce n'est pas grave.

Mais soudain, que se passe-t-il ? Certains arrachent mes pierres, abattent mes pauvres murs ; ils me font mal ! Moi qui croyais qu'ils venaient pour me sauver ! Et alors que je commençais à respirer à nouveau, on me recouvre à nouveau intégralement ! Tout est à refaire ! Et à nouveau, mes murs abîmés, fatigués, usés, mais toujours là, tentent de rester visibles et appellent au secours. Ils ne sont pas nombreux ceux qui les entendent mes chuchotements, mais, à force, ça finit par faire un boucan d'enfer.

Alors, "les nouveaux", plus de 2100 ans après les premiers hommes, vont à nouveau s'armer de pelles et de pioches et remettre au jour, petit à petit, chaque petite portion de mes murs. Ils ne sont pas très rapides ceux-là, malgré l'utilisation de gros engins que je n'avais jamais vu avant, mais ils sont là ! Et ils ne me font pas mal, à peine quelques chatouilles de temps en temps. Et tant qu'ils sont là, je revis, mes murs, mes sols, à nouveau, respirent. Et non seulement ils sont là ces petits êtres qui creusent la terre mais ils attirent avec eux des foules de plus en plus nombreuses… comme avant ! Ils viennent voir comment je me porte et apprendre ce que j'ai à leur dire. Je suis heureux, j'ai l'impression d'avoir dix ans ! Et tant qu'ils seront là, tous, je resterai dans leur mémoire et ils ne m'oublieront plus ! Plus jamais !

Mais non, en réalité, dès qu'ils ne sont plus là, je me sens vieux. Mes murs qui ont résisté jusque là, combien de temps tiendront-ils encore ? Mes pierres sont comme des dents, elles me font mal et se déchaussent. Et sans dents, qui me comprendra encore ? Je suis comme un vieil homme malade, il faut me soigner, renforcer mes pauvres maçonneries, il faut que l'on prenne soin de moi, parce que je n'aurai pas la force de recommencer tout cela et de me battre encore…

 

Signé : le site de Tintignac

Commentaires